Littérature suisse romande et des régions voisines

Rambert Eugène – Les Alpes suisses (4ème série)

Rambert Eugène - Les Alpes suisses 4 - Bibliothèque numérique romande - Planomenos Le Bristenstock vu de SträngmattRambert Eugène – Les Alpes suisses (4ème série) : La quatrième série des Alpes suisses, publiée en 1871, offre un ensemble de textes aussi variés que les précédents, prouvant une fois de plus qu’en vulgarisateur de talent, Rambert allie à ses connaissances encyclopédiques de la montagne une passion indissociable de sa sensibilité poétique.

Son premier essai est un vibrant hommage au Bristenstock, qui se dresse tel un bastion au-dessus de la mythique prairie du Grütli. Si l’auteur, dans son précédent volume, mettait en garde contre certains excès du discours patriotique, il n’hésite pas ici à en décliner l’un des principaux clichés : à ses yeux, ce massif au nom rocailleux est une figure tutélaire quasi sacrée qui veille sur le berceau de la nation et de la liberté. Poursuivant sa réflexion sur le mythe des Alpes, très en vogue en cette époque de flottement politique et culturel, Rambert examine le rôle de son pays dans les œuvres et l’inspiration de Schiller et Goethe. En humaniste éclairé, il suggère que, sans la Suisse, ces deux géants de la littérature allemande « ne seraient pas tout ce qu’ils sont » et il conclut, non sans fierté, que les Alpes suisses sont devenues grâce à eux l’une des « muses » de l’Allemagne. 

Après un interlude où il offre à ses lecteurs un choix de ses propres poèmes, inspirés de près ou de loin par la montagne, Rambert propose un essai sur le foehn, dans lequel il confronte, non sans un certain enjouement, les différentes théories scientifiques sur l’origine de ce vent chaud et violent dont on a cru longtemps qu’il venait tout droit du Sahara. La quatrième série des Alpes suisses se termine par une nouvelle simple mais touchante. La Batelière de Postunen nous emmène au bord du lac des Quatre-Cantons, à l’époque de la Révolution française. La jeune et belle Grite, orpheline de dix-sept ans, s’oppose aux conventions sociales car elle refuse d’entrer en service à la ville voisine, comme le voudrait la tradition. Reprenant le bateau de son père, elle devient à son tour batelière, au grand dam de ses oncles paternels, qui voient d’un mauvais œil la jeune fille accomplir avec grâce et succès un dur travail d’homme.

« Avant Ramuz, et un peu comme lui, il a d’instinct senti qu’il ne pourrait faire d’oeuvre vraie que s’il renonçait définitivement à toute tentation de carrière française et de littérature selon les modes parisiennes du temps. Et alors, d’instinct aussi, il a trouvé le mouvement, le rythme de récit qui convenait aux personnes qu’il aimait et qu’il voulait faire vivre. De là vient cet art consommé du récit tranquille, qui ne doit rien aux effets de la nouvelle, mais qui est un art à lui.  Par contre – et c’est là la grande découverte que nous faisons aujourd’hui – le style de Rambert a gardé une surprenante fraîcheur, et sa capacité d’évocation poétique (parce qu’il n’y pense pas) est incroyablement vivante, surtout dans la prose de ses récits. Sans doute ces récits ont eux aussi un certain côté « document d’époque », et ils renseignent les hommes d’aujourd’hui sur un type d’hommes et de femmes qu’on pourrait croire disparu, sur des genres de vie définitivement périmés. Mais comment s’expliquer l’émotion qu’ils suscitent en nous, précisément aujourd’hui ? Et cette façon presque bouleversante qu’ils ont, avec toute leur lenteur, leur cheminement patient, de nous faire rêver à ce qu’étaient ce pays et ces gens ? » [Éric de Montmollin : Avant-propos de l’édition de 1972 des récits et croquis d’Eugène Rambert (Plaisir de lire, Lausanne)]

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Staël Germaine de – Dix années d’exil

Staël Germaine de - Dix années d'exil - Bibliothèque numérique romande - portrait de Vladimir BorovikovskyStaël Germaine de – Dix années d’exil : «Trouvez-vous que mes enfants et moi sommes faits pour planter des choux à Coppet sans rien faire de nos esprits ni de nos âmes?» (Madame de Staël à Camille Jordan, 1er novembre 1810, Diesbach 471). La colère de la célèbre baronne n’a d’égale que son désespoir face aux circonstances tragiques qui entourent la publication de De l’Allemagne. Alors qu’elle travaille aux corrections du troisième volume à Chaumont-sur-Loire, en septembre 1810, l’œuvre, jugée suspecte par la police de Napoléon, est supprimée et mise au pilon. Son auteure, déjà interdite de séjour à moins de quarante lieues de la capitale, est expulsée de France et bannie de tous les territoires sous domination française, hormis Coppet et Genève. Cette condamnation tombe comme un couperet. Assignée à résidence dans sa propriété des bords du Léman, privée de son brillant salon et étroitement surveillée par les sbires de l’Empereur, l’illustre châtelaine devient du jour au lendemain une pestiférée qu’il est dangereux de fréquenter. Ses plus fidèles amis en feront l’amère expérience. Coppet, qui avait été pour elle un havre sous la Révolution, Coppet, dont elle avait fait le plus important think tank de la pensée européenne, est désormais une prison où elle se morfond, malgré la présence de ses enfants et celle de John Rocca, son nouvel et jeune amant.

Abattue, mais non point vaincue, l’irréductible adversaire de Napoléon riposte en complotant sa fuite en Angleterre. En attendant les passeports, qui tardent à venir, elle entame Dix années d’exil. Ces mémoires, inachevées, ne seront publiées qu’en 1821, soit six ans après sa mort. Elles comprennent deux parties. La première, ébauchée à Coppet en 1811, couvre la période 1800-1804. L’auteure y dénonce le despotisme naissant de Bonaparte et les persécutions dont elle fut la victime. La deuxième, rédigée à Stockholm vers la fin de 1812, est moins polémique. Madame de Staël saute six années de sa vie pour relater « à chaud » son extraordinaire évasion de Coppet le 23 mai 1812. Accompagnée de sa fille Albertine et de deux serviteurs, l’intrépide femme de lettres est rejointe en route par ses fils Auguste et Albert, leur tuteur, Auguste Schlegel, ainsi que Rocca. Les ports de la Manche leur étant fermés, ils sont obligés d’effectuer un immense détour qui les force à traverser toute l’Europe en guerre et les entraîne, via l’Autriche, la Bohème, la Moravie et la Pologne, jusqu’à Kiev, Moscou et Saint-Pétersbourg. Précédée de sa gloire littéraire, mais talonnée par la Grande armée en marche, l’auteure de Delphine et Corinne se hâte de ville en ville, où elle est à chaque fois accueillie comme une célébrité. C’est ironiquement en Russie, où survit le servage, qu’elle recouvre la liberté. Là n’est pas le moindre paradoxe de ce pays qui la fascine par son immensité, sa piété, ses coutumes orientales et son fervent patriotisme. À Saint-Pétersbourg, où elle est présentée à la cour impériale, elle forge des liens personnels avec le tzar Alexandre I, qui la traite en égale et aborde avec elle les grandes questions européennes. Son récit s’interrompt brusquement en septembre 1812, alors qu’elle et les siens s’apprêtent à rejoindre la Suède, d’où ils gagneront Londres en juin 1813.

Dans ces mémoires où elle mêle étroitement son destin personnel à celui de la Nation et de l’Europe tout entière, Madame de Staël (ou son fils Auguste, qui fit des coupes importantes dans le manuscrit pour préserver la réputation de sa mère) ne nous dit évidemment pas tout. Elle tait par exemple la naissance secrète de son cinquième enfant, qui retarda de neuf mois son évasion ; elle passe aussi sous silence son mariage clandestin à John Rocca, ainsi que sa présence à ses côtés durant tout le périlleux voyage. Dans la liste de ses griefs contre Napoléon, elle minimise également l’influence considérable qu’elle-même exerça dans l’opposition, tout comme elle élude plus tard son rôle dans les pourparlers qui conduisirent la Suède et la Russie à rejoindre la sixième coalition contre la France. Malgré ces lacunes et omissions, cette autobiographie offre un aperçu passionnant sur une vie et une époque mouvementées. Madame de Staël y démontre avec éclat que les exils répétés dont elle fut l’objet, loin de la réduire au silence et à l’oubli, contribuèrent grandement à accroître sa notoriété et sa sphère d’influence sur la scène politique internationale. [Sources : Ghislain de Diesbach, Madame de Staël (Perrin 1983) ; Madame de Staël, Dix années d’exil. Édition critique par Simone Balayé et Mariella Vianello Bonifaccio (Fayard 1996) ; Michel Winock, Madame de Staël (Fayard 2010).]

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Sciobéret Pierre – Abdallah Schlatter

Sciobéret Pierre - Abdallah Schlatter - Bibliothèque numérique romande - Grigori Gagarine Jardin aux environs de TiflisSciobéret Pierre – Abdallah Schlatter ou les curieuses aventures
d’un Suisse au Caucase : À Redoutkalé sur les bords de la mer Noire, en 1860, Abdallah Schlatter, un jeune homme de 25 ans, « Suisse d’origine et Turc de nom », travaillant pour une société de Trébizonde, rencontre Emphidiantz, un Arménien rusé, qui le convainc de devenir son associé et de monter une opération commerciale en Abkhasie. Reçus chez un prince abkhaze au cours d’une réception digne des mille et une nuits, Abdallah Schlatter boit … énormément.. Le lendemain, ébahi, il se rend compte de son erreur mais doit se soumettre à la volonté du prince abkhaze. Le mariage a lieu, et Abdallah entame une nouvelle vie en Abkhasie. Tout  se passe bien jusqu’au jour où de mystérieux ravisseurs enlèvent son fils. Qui sont-ils ? Pourquoi ce rapt ? Après une piteuse tentative d’évasion, Abdallah Schlatter découvre les enjeux politico-stratégiques de son mariage dans cette région convoitée par de puissants voisins. …

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Vuille Nancy-Marie (André Gladès) – Résistance

Vuille Nancy-Marie (André Gladès) - Résistance - Bibliothèque numérique romande - Laura Barr-Wells Pied du Jura depuis AvusyVuille Nancy-Marie (André Gladès) – Résistance : Une fugue d’adolescente  ! À dix-huit ans, Christine étouffe à Belle-Aigue (Divonne-les-Bains ?) une petite ville coincée entre Alpes et Jura où les conventions sont si prégnantes. Dans sa famille nul ne sait exprimer sa tendresse et la seule approbation qu’elle y ait jamais reçue était « de n’être pas blâmée. » Éperdument amoureuse de Lionel, un jeune irlandais rencontré aux Thermes, elle brave l’opposition de sa famille – qui s’est renseignée sur le prétendant mais n’en informe pas sa fille, trop jeune pour comprendre – et s’enfuit avec lui. Elle ne tarde pas à regretter son erreur…

Mais, à la fin du 19ème siècle, une femme qui « fauté » et compromis ainsi son honneur commet un acte « qui ne peut pas plus s’oublier que s’effacer ». Et Christine, refuse de  retourner vivre auprès de cet homme qui lui offre la « réparation » par un mariage que les familles ont arrangées. Désormais en marge de la société, Christine va tenter de refaire sa vie et, au prix de nombreuses privations, réaliser son rêve de devenir médecin. Mais avec quel mépris sont considérées ces jeunes étudiantes qui forcent les portes de la faculté ! Christine parviendra à ses fins mais réalisera la fragilité de la position d’une femme seule et indépendante dans la société d’alors.

Bien en avance sur son temps, Nancy-Marie Vuille dénonce avec vigueur l’ostracisme social  qui frappe, à la fin du 19ème siècle, les « filles-mères » et n’accorde aux femmes aucune réparation à une erreur de jeunesse.  Elle décrit la prise de conscience progressive de Christine et le combat que doivent mener les femmes qui souhaitent travailler et réaliser seules leur indépendance.

Née à Neuchâtel en 1867 dans une famille bourgeoise, Nancy-Marie Vuille grandit à Genève et suit les cours d’Édouard Rod à l’université dès 1886. Elle noue des liens privilégiés avec lui, et il la conseillera et la soutiendra dans ses activités littéraires tout au long de sa vie. En 1893, elle s’installe avec son père et sa sœur à Paris et, en plus de nombreuses traductions, elle publie trois romans Au gré des choses (1895), Résistance (1898) et Le stérile sacrifice (1901), signant du pseudonyme d’André Gladès, du nom de jeune fille de sa mère. Elle ne reviendra à Genève que pour accompagner sa mère dans sa longue agonie, ce qui la marquera profondément. Elle succombera elle-même à la maladie en 1906.

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Saussure Horace Bénédict de – … Au Mont-Blanc

Saussure Horace Benedict de - ... Au Mont-Blanc - Bibliothèque numérique romande - TL Le Mont-Blanc depuis le village de CordonSaussure Horace Bénédict de – … Au Mont-Blanc : Ce journal est un témoignage « en direct » de l’été 1787 et de l’ascension, pour la 2e fois dans l’histoire, du Mont-Blanc.  Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799) arriva le 7 juillet à Chamonix avec sa famille et d’importants bagages. C’était un scientifique accompli, fasciné par les cimes lointaines et curieux de pouvoir y pratiquer ses expériences. Baromètre, thermomètre, diaphanomètre, réchaud, capsules à éther font partie de ses bagages. Aux côtés des gilets de flanelle, redingotes, bas de grosse laine, crêpes, chemise de nuit, pantoufles et autres objets qu’il avait listés pour son ascension. Il tient un journal de bord dans lequel il recense les activités quotidiennes, les visites, les repas ; écrivant parfois en grec pour plus de discrétion ! La météo de juillet est pluvieuse et il devra attendre de longues semaines avant de pouvoir enfin, le 3 août, mettre le pied au sommet. En ayant soin de noter ses impressions et son ressenti tout au long de l’ascension, y compris ses nausées dues à l’altitude qui l’empêcheront de réaliser toutes les expériences qu’il souhaitait faire à 4’809 mètres.  Dépité, il écrira : J’étais comme un gourmet invité à un superbe festin et qu’un dégoût extrême empêche d’en profiter.

Mais les voyages de de Saussure ne se bornent pas à cette unique ascension : « À l’âge de dix-huit ans, dit-il, j’avais déjà parcouru plusieurs fois les montagnes les plus voisines de Genève… je brûlais du désir de voir de près les hautes Alpes… enfin, en 1760, j’allai seul, à pied, visiter les glaciers de Chamonix, peu fréquentés alors, et dont l’accès passait même pour dangereux. J’y retournai l’année suivante, et dès lors je n’ai pas laissé passer une seule année sans faire de grandes courses… J’ai traversé quatorze fois la chaîne des Alpes, par huit passages différents ; j’ai fait seize autres excursions. » C’est le compte rendu de certaines de ses observations que vous trouverez dans L’Ascension au Mont-Blanc (extraits) : « Le héros a rendu compte de ses voyages et de ses expériences dans quatre énormes in-quarto. Nous ne pouvions songer à reproduire la partie scientifique de cette relation : elle est trop étendue … Mais les détails pittoresques, les descriptions, saisissantes de vérité, restent avec tout leur intérêt et toute leur portée éducative. »

Horace-Bénédict de Saussure, né le 17 février 1740 à Conches, près de Genève, et mort le 22 janvier 1799 au même endroit, est un naturaliste et géologue genevois considéré comme le fondateur de l’alpinisme. Sa vie et son œuvre scientifique eurent pour cadre les Alpes, et plus particulièrement le massif du Mont-Blanc, où il mena diverses recherches et expériences scientifiques. (Wikipédia)

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Erckmann-Chatrian – Des contes populaires

Erckmann-Chatrian - Des contes populaires - Bibliothèque numérique romande - Olivier AlbéErckmann-Chatrian – Des contes populaires : Quand le surnaturel se mêle de nos affaires, il n’est pas facile de s’en débarrasser. Tel pourrait le fil rouge de ces contes qui nous emmènent à travers les villages et les campagnes d’Alsace du XIXe siècle, contes qui proviennent du même recueil que Le Bourgmestre en Bouteille. Le rêve d’Aloïus dont le cœur parle plus librement du fond d’un songe. L’œil invisible ou l’auberge des trois pendus : quel mauvais jeu joue la vieille Flédermausse lorsqu’un homme passe la nuit à l’auberge du Bœuf gras ? La comète se rapproche trop de la terre un soir de carnaval, va-t-elle percuter la terre ? Le citoyen Schneider : un curé est secouru in extremis en pleine tempête hivernale, que fera-t-il de sa vie par la suite ? Le requiem du Corbeau : Hans aux plumes noires est-il une réincarnation du diable ? Le Juif polonais : un coup de sonnette peut-il tuer un homme ? Comment Les Bohémiens d’Alsace sous la Révolution échappèrent-ils à la guillotine ? Messire Tempus : que fait la belle Charlotte en compagnie d’un borgne, d’un boiteux et d’un bossu ? Le chant de la tonne : le miracle du vin qui fait chanter les hommes. Le coquillage de l’oncle Bernard peut-il déceler les mauvaises actions ? La tresse noire peut-elle se transformer en serpent ?

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Vuille Nancy-Marie (André Gladès) – Le stérile Sacrifice

Vuille Nancy-Marie (Gladès André) - Le stérile Sacrifice - Bibliothèque numérique romande - Ancha Temple d'Amour VeveyVuille Nancy-Marie (André Gladès) – Le stérile Sacrifice : Ulric vient habiter dans le domaine de son père décédé et découvre la Suisse et sa campagne, tout heureux de se retrouver dans cet environnement paisible. Mais, en visitant le château voisin de la ferme, il rencontre Mahaut, jeune fille retirée auprès de son grand-père. Ils tombent tout naturellement amoureux, mais Ulric est déjà fiancé et ne saura pas se défaire de ces liens de famille et d’argent. Il n’aura jamais le courage d’avouer son amour pour Mahaut à sa fiancée, pour éviter un mariage programmé. Mahaut  ne saura pas non plus se soustraire à cet amour impossible, et essaiera toujours de comprendre Ulric, quitte à s’isoler et à souffrir en silence.

À la fin du roman, l’ajout de fragments du Journal de Mahaut nous fait entrer dans son intimité et révèle une part de révolte contre la lâcheté masculine, mais une soumission consentie et une acceptation de sa triste solitude.

Le Stérile  sacrifice est le troisième roman de Nancy-Marie Vuille, née en 1867, élève d’Edouard Rod, qui a pris le pseudonyme masculin de André Gladès pour écrire ses trois romans qui précèdent les nouvelles Florence Monneroy et le Hasard que la BNR a déjà publiées.

Malgré ce titre un peu rébarbatif, ce roman de 1901 ne s’inscrit pas dans la mouvance suisse romande de l’époque, souvent moralisante et très « couleur locale ». Il s’inspire plutôt des romans anglais du 19e siècle, des sœurs Brontë par exemple, où « la femme acquière une prise de conscience qui lui permet de dévoiler l’aliénation dans laquelle elle vit et qu’elle perpétue » (Daniel Maggetti, préf. de l’éd. de 1988, Morges, Cabédita)

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Charrière Isabelle de – Lettres trouvées dans des porte-feuilles d’émigrés

Charrière Isabelle de - Lettres trouvées dans des porte-feuilles d'émigrés - Bibliothèque numérique romande - maquette Laura Barr-Wells photo PiotrusCharrière Isabelle de – Lettres trouvées dans des porte-feuilles d’émigrés : Les Lettres trouvées dans les portefeuilles d’émigrés comprend vingt-huit lettres fictives datées du 19 avril au 16 juillet 1793. Madame de Charrière compose son ouvrage entre mai et juillet 1793. Elle écrit donc à chaud, en prise directe avec l’actualité. Or celle-ci est particulièrement préoccupante : en janvier 1793, Louis XVI est guillotiné ; à partir de mars, la République, en guerre contre la Première coalition, est menacée de l’intérieur par une brutale chouannerie vendéenne ; en avril, la Convention institue le Comité de salut public ; la France, peu à peu, s’achemine vers la Terreur. L’intrigue colle de près à l’inquiétante réalité. Germaine, une jeune noble émigrée en Angleterre, aime Alphonse, un gentilhomme réfugié à Neuchâtel en compagnie d’un abbé, son ancien tuteur. Le père de Germaine, le Marquis de ***, qui a rejoint l’armée de Condé à Mannheim, s’oppose à leur union, car Alphonse refuse de porter les armes contre son pays. De son côté, Pauline, la demi-sœur de Germaine, vit avec sa mère et son grand-père en Vendée, dans le château paternel, au cœur même de l’insurrection royaliste. Elle s’est éprise de Laurent Fontbrune, un officier républicain et meilleur ami d’Alphonse, qui, tout Jacobin qu’il est, a sauvé le château du saccage des sans-culottes.

Ces péripéties amoureuses sont prétexte à de brûlantes réflexions sur l’avenir social et politique de la France, sur l’égalité des hommes et des femmes et sur le droit au bonheur. Les jeunes héros, plus souples que leurs aînés, triompheront-ils des préjugés de classe et des conflits idéologiques et militaires qui font obstacle à leur amour ? L’auteure ne nous le dit pas, car prise de court par l’Histoire, elle interrompt brusquement son roman le 16 juillet 1793, sans conclure…

Brillante épistolière et femme de lettres d’expression française, réputée pour l’élégance classique de son style, Madame de Charrière – née Isabelle Van Tuyll, à Zuylen, près d’Utrecht, en 1740 – est issue d’une ancienne famille aristocratique hollandaise de tendance républicaine. Enfant, elle apprend le français auprès d’une gouvernante genevoise qui lui transmet sa passion pour les auteurs du Grand siècle. La jeune Isabelle montre tant d’affinité pour la langue de Molière qu’elle en fait son principal outil d’expression. En grandissant, Belle Van Zuylen, comme on l’appelle alors, n’a rien d’une timide jeune fille à marier. Si les prétendants ne manquent pas, ils lui conviennent rarement, ou c’est elle qui les intimide par son intelligence hors du commun. À trente ans passés, de guerre lasse, elle épouse un Vaudois, Monsieur de Charrière, homme intelligent mais effacé, qui l’emmène à Colombier, non loin de Neuchâtel.

Retirée à la campagne, Madame de Charrière demeure une fine observatrice des débats de son temps et maintient une vaste correspondance aux quatre coins de l’Europe. Sa carrière littéraire ne débute toutefois que tardivement. Entre 1784-1785 paraissent trois romans (Lettres neuchâteloises, Lettres de Mistress Henley et Lettres écrites de Lausanne), dans lesquels elle dénonce les vicissitudes de la condition féminine. En 1786-1787, lors d’un séjour d’un an à Paris pour achever Caliste (1787), son quatrième roman, elle fréquente divers salons, y rencontre Benjamin Constant, avec qui elle se lie d’une intense amitié, et assiste aux premiers soulèvements prérévolutionnaires. Cette expérience sera déterminante. De retour à Colombier, elle met sa plume au service des idées nouvelles et publie une série de textes engagés, parmi lesquels des Observations et conjectures politiques (1787), six Lettres d’un évêque français à la nation (1789) et trois contes dans lesquels elle n’hésite pas à faire la leçon à Louis XVI et à Marie-Antoinette. Le massacre de la Garde suisse le 10 août 1792 marque chez elle un tournant idéologique important. Républicaine modérée, elle condamne les violences sanguinaires perpétrées au nom du peuple et de la liberté. Apprenant que des émeutes jacobines se fomentent non loin de Colombier, elle publie un pamphlet (Lettres trouvées dans la neige) qui réussit à calmer le jeu. Forte de ce succès, elle entame aussitôt ses Lettres trouvées dans des porte-feuilles d’émigrés, roman épistolaire inspiré par l’afflux d’aristocrates français venus chercher refuge dans la principauté prussienne de Neuchâtel.

[Sources : Isabelle et Jean-Louis Vissière, Isabelle de Charrière, une aristocrate révolutionnaire (des femmes 1988) ; Colette Piau-Gillot, « Préface », Lettres trouvées dans des portefeuilles d’émigrés, 1793 (côté-femmes 1993) ; Raymond Trousson, Isabelle de Charrière, un destin de femme au XVIIIe siècle (Hachette 1994).]

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Erckmann-Chatrian – Autres contes des bords du Rhin

Erckmann-Chatrian - Autres contes des bords du Rhin - Bibliothèque numérique romande - Palacre Le Rhin au RohrschollenErckmann-Chatrian – Autres contes des bords du Rhin : Myrtille, l’orpheline gypsie, élevée chez les gadjos, pourra-t-elle oublier le goût de la liberté ? Selsam pense soigner par la dissonance l’amour excessif pour la musique de la vieille Annah Wunderlich  : est-ce une bonne idée ? Bien avant les westerns, assistez au duel épique de deux buveurs de bière : qui roulera sous la table et qui récupérera La Pêche miraculeuse, le tableau inachevé du maître Van Marius ? Dans les hauts de Neuchâtel, Rœsel, la jeune aveugle, Reine des Abeilles, a réalisé un lien étrange avec les essaims qu’elle élève. Dans la Kasba, le lieutenant Castagnac, adepte du Talion, a su tuer, d’un seul mot, Dutertre, son ennemi : comment le confondre ? Théodore Blitz, l’organiste est-il un esprit dérangé ou peut-il sentir les esprits et les forces élémentaires, Le Blanc et le Noir qui parcoure notre univers ? Une dizaine de bambins ont disparu sans laisser de trace : qu’en fait la Voleuse d’enfants ? Le Cabaliste Hans Veinland qui a dû fuir à Paris, veut se venger : un adepte de Mithras a-t-il des ressources insoupçonnées ? Huit contes, publiés dans le même recueil que Le Trésor du vieux Seigneur, tour à tour fantastiques, émouvants ou terrifiants qui interrogent sur les forces inconnues qui s’expriment au-delà du monde matériel.

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Epuy Michel – Le Secret de la Malle noire

Epuy Michel - Le Secret de la Malle noire - Bibliothèque numérique romande - Maquette Laura Barr-Wells Malle Jackmac34Epuy Michel – Le Secret de la Malle noire : Dans la cohue du local des douanes à l’arrivée du train de Calais, une mère et sa fille … et leurs bagages, des montagnes de bagages ! Mais voici qu’une grosse malle noire attire l’attention d’un douanier. Pourquoi la jeune fille manifeste-t-elle une telle réticence à son inspection ? Obstiné, le douanier persiste ! Et il a raison car, la malle ouverte, va révéler…

C’est ainsi que commence, pour le jeune détective qui a assisté à la scène, une enquête qui l’entraînera, entre Paris et l’Angleterre, de faux semblants en hypothèses qui s’effondrent,  sur la piste d’un criminel inattendu.

Un roman policier aux multiples rebondissements dont l’écriture faussement distanciée n’empêche pas le lecteur de se prendre au jeu et d’accompagner le détective dans sa recherche aux péripéties surprenantes.

Michel Epuy (de son vrai nom Louis Vaury 1876-1943) est un écrivain et traducteur suisse. Auteur d’une vingtaine de titres et de quelques trente-cinq autres en traduction, tout à tour romancier, conteur, auteur de romans policiers, écrivain pour la jeunesse et éditeur d’anthologies ou de volumes d’œuvres choisies, comme celles de Kipling, il est qualifié, par J.-H. Rosny aîné dans une préface élogieuse, de romancier de grand talent, peintre de mœurs, essayiste admiré.

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